The Melvins « Everybody Loves Sausages » : Syncrétisme et ouverture d’esprit

 

This is the News #11 : « It’s to late to be late again »

Nous sommes en 2013. Ça fait donc trente ans que Buzz Osborne remue sa volumineuse chevelure sur du très très gros son. Trente années à affiner le style Melvins, à bourriner des guitares, à syncrétiser punk, metal et noise dans une œuvre incontournable parce que singulière. Pas exactement taillés pour plaire aux foules, les Melvins n’en ont pas moins réussi à dessiner les contours d’une signature reconnue et attendue par bon nombre à travers le monde.

Et ils reviennent aujourd’hui avec « Everybody Loves Sausages ». Un disque de reprises. Soit l’apanage habituel des groupes en fin de contrat ou des artistes rouillés de la créativité. Mais comme on pouvait s’y attendre avec les Melvins, les saucisses qu’ils servent sont garanties d’origine contrôlée, délicieuses et digestes. Souvent familières, parfois inattendues, les chansons s’enchaînent en variant les registres et les intensités, avec la participation de multiples chanteurs invités, dans l’intention visible (enfin, audible) de se faire plaisir entre potes, pour le fun et pour l’art.

Parce qu’on a beau chercher, on ne trouve pas d’interprétation au rabais ici, aucun titre qui ne soit pas légitime, aucune présence gratuite. On passe de Venom à Roxy Music par l’intermédiaire de Queen, des Kinks et d’une longue étape David Bowie. The Scientists, The Fugs et Pop-O-Pies sont également de la fête, pour un disque franchement hétéroclite, farouchement fluide et parfaitement saisissant. Un disque ouvert d’esprit et intelligent, quoi.

Alors bien sûr, comme n’importe quel disque de reprises, celui-ci ne changera pas la face de la musique. Certes. Mais il remplit impeccablement son rôle de parenthèse jubilatoire et de témoignage de bon goût pour un groupe qui est et qui restera légendaire. Et si tout le monde aime les saucisses, elles sont encore meilleures préparées et servies par les Melvins.

 

La reprise littérale qui fait plaisir :

« Station to Station » de David Bowie, interprété en respectant l’original et en gonflant le son pour en faire le point névralgique de l’album.

 

La relecture pertinente :

« Female Trouble » de Divine, ou comment transformer un titre de cabaret complètement surjoué en un blues lent et sourd.

 

La reprise sous amphétamines :

« Black Betty », ici frénétiquement accélérée pour bien nous remuer.

 

La chanson pour les enfants :

« You’re my best friend » de Queen, jouée avec un enthousiasme innocent qui surprend, mais qui a finalement toute sa place.