Ghostface Killah « 12 Reasons to Die » : rythmiques martiales et hauteurs célestes

This Is The News #12 : « Make Your Ass an Example »

On aura beau dire ce qu’on veut sur les effets positifs et négatifs de la chute des ventes de disques, on constate que l’ambition artistique est trop souvent devenue inversement proportionnelle à la notoriété. Et c’est particulièrement vrai pour le milieu du hip-hop, où rare sont les artistes de premier plan qui essaient de sortir de leurs propres clichés. Donc quand Ghostface Killah annonce un concept album mis en musique par le compositeur-arrangeur Adrian Younge et produit par RZA, l’attente est à la mesure de la surprise.

Soigné et minutieusement ouvragé, cet album ferait presque vieille école s’il n’était pas magistral. Mené par le fouet du flow sauvage de Ghostface Killah, « 12 Reasons to Die » s’appuie sur des rythmiques martiales et des arrangements peu communs pour un disque de hip-hop. Ici, les voix féminines s’aventurent sur des hauteurs célestes, les guitares résonnent longtemps au fil d’orchestrations riches et d’orgues sanglants. Les invités sont bien plus qu’un argument marketing et leurs interventions vocales apportent indéniablement un atout supplémentaire à la narration globale. On est bien loin des voix trafiquées et de artifices synthétiques du rap mainstream : les mots se déversent brutalement et en profondeur, viennent claquer et cogner une écrin qui se situe entre Soul Music à l’ancienne et Bande Originale de film de minuit.

Ces douze titres, c’est la rencontre du Wu-Tang avec Ennio Morricone et Hi-Records, scénarisée par Dario Argento et mise en scène par Quentin Tarantino. Entre hommage et virtuosité, « 12 Reasons to Die » se forge une identité propre, refuse la facilité et fait figure d’œuvre majeure au sein de la nébuleuse Wu-Tang. Ne reste plus qu’à applaudir.

 

Le titre qui annonce la couleur :

« Beware of the Stare », la racine à partir de laquelle poussent tous les arguments de ces douze titres.

 

Le titre qui tue :

« I declare War », vocalises complémentaires entre Ghostface et Masta Killa, orgues et violons, et cette voix enchanteresse qui n’en finit pas de monter.

 

Le titre en trop :

« Revenge is Sweet », trop long, trop mou, le seul qui n’a pas mérité sa place ici.