Ty Segall « Sleeper » : lois mélodique et intensité contenue

This is the News #15 : « Let your Hair grow »

Ty Segall a 26 ans, et autant de lignes à son CV discographique. Et le pire, c’est que cette incontinence musicale n’a rien produit de mauvais, alternant guitares lourdes et évasions psychédéliques, rage adolescente et maturité mélodique. Le parcours impressionne autant qu’il étonne, parce que Ty Segall rempile avec « Sleeper », et il fallait oser revenir aussi vite après l’immense « Twins ».

Histoire de remettre les compteurs à zéro, cette nouvelle livraison joue la carte de l’album acoustique. Avec la simplicité rustique du mec sûr de ses chansons, Ty Segall déballe moult ellipses et tournures pour évoquer le deuil de son père et ses conséquences. Mais bien évidemment, ce disque est bien plus qu’un simple exutoire égocentrique au recueillement symbolique. La thématique, les sources d’inspiration sont bien secondaires face à autant de fluidité dans les compositions. Ty Segall assume leur simplicité, ces quelques accords posés sans effets superflus, et déroule son chant tout en spontanéité.

Avec une intensité contenue et le souffle diffus, il offre son interprétation des lois de la mélodie, intègre parfois quelques ornementations instrumentales et envoie une fois de plus au monde un témoignage de sa bonne foi musicale.

Sans la moindre posture, « Sleeper » fait partie de ces disques qui accompagnent discrètement le quotidien, ces petites madeleines qu’on consomme sans y penser, mais dont on se rappelle souvent. Avant d’y revenir.

Le single d’ouverture :

« Sleeper », qui donne le ton en toute simplicité, et avec un refrain bien torché.

Le titre qui fait plaisir :

« The Man Man », un groove lancinant imparable, jusqu’à un final électrique. Qui a dit Marc Bolan ?

La chanson hallucinogène :

« Queen Lullabye », titre sourd qui accélère et se remplit de bruit bizarres, comme une nuée de frelons qui voleraient au rythme d’une sirène d’alerte.